CETTE PAGE EST UNE ARCHIVE. CONSULTEZ S.V.P. LA NOUVELLE VERSION DU SITE A L'ADRESSE

http://www.etudes-episteme.org
7 - 2005 - Laurent Chatel
> Lire le résumé et la notice
> Télécharger l'article pdf
> Retour au sommaire

Laurent Châtel (Université Paris-Sorbonne), Les sources des contes orientaux de William Beckford (Vathek et la "Suite des contes arabes") : bilan de recherches sur les écrits et l’esthétique de Beckford, p. 93


Résumé

William Beckford (1760-1844) est connu essentiellement pour la singularité de Vathek (1786-7) qu'on attribue volontiers à la mode du "roman noir" et/ou du "roman oriental". Vathek ne fut pourtant qu'un élément dans un plus grand ensemble "orientaliste". Or, l'originalité de la démarche beckfordienne, pourtant étudiée par André Parreaux en 1960 et par Fatma Moussa-Mahmoud en 1976, est restée lettre morte, et le corpus orientaliste de Beckford, "chef d'oeuvre invisible". Entre 1780 et 1786, Beckford composa en effet des "contes arabes" en langue française qui furent, non pas inspirés par les Mille et une Nuits, mais directement traduits et adaptés de manuscrits orientaux ramenés d'Egypte par Edward Wortley Montagu (MS Orient 550-556, Bodleian Library, Oxford). La surprise de Byron, en lisant Vathek, face à l'exactitude de la couleur locale ("exactness of costume") n'avait pas lieu d'être puisque Beckford avait, de ses propres dires, puisé aux sources arabes (non pas explicitement pour Vathek, mais pour d'autres contes pour lesquels Beckford annonça une publication ultérieure). Après les célébrations du tricentenaire des Mille et une Nuits (1704-1711) en 2004, il nous a paru pertinent de fêter en 2005 celui qui emboîta le pas à Antoine Galland - littéralement, qui lui fit "suite". Car la "Suite des contes arabes" de Beckford est un "supplément" aux Mille et une nuits, aussi intitulé "contes arabes" par Galland. Cet article, qui constitue un résumé-bilan de nos récents travaux de recherche, examine les sources de Beckford, ses activités de traducteur et la nature de son "infidèle" création. La stratégie scripturale d'un Galland, adoptée par le comte de Caylus en 1743 lorsqu'il composa des contes à partir des transcriptions de la Bibliothèque Royale à Paris, fut également celle de l'anglais Beckford. Elle consiste à se loger dans le matériau original préexistant et, en caméléon, s'adpater, imiter, et y greffer une "belles infidèle". On ne saurait donc aujourd'hui publier, lire ou apprécier l'oeuvre de Beckford qu'à la lumière de cette démarche authentique d'orientaliste. On tirera profit de cette perspective en l'appliquant à ses oeuvres complètes, qui sont régies par des principes similaires d'écriture fragmentée, épisodique et "suiviste". Ecriture et esthétique se voient ainsi réunies au sein d'une même esthétique de la greffe - perspective qui permettrait de ne plus scinder l'image d'un Beckford d'abord écrivain, puis dilettante. Greffe verbale et paysagère à des fins de transplantation d'un "moi" constamment en quête d'expansion, d'excrescence et d'inscriptions - que ce soit sur le papier ou sur le terrain, comme l'aurait le Marquis de Girardin, créateur d'Ermenonville, ("by pen or by spade").

 

Abstract

William Beckford (1760-1844) is essentially known for the singularity of his Vathek (1787-7) often presented in connection with the Gothic rage or the vogue for the oriental tale. However, Vathek was just one element in a larger "orientalist" ensemble. Unfortunately, the originality of Beckford's position, despite being studied in 1960 by André Parreaux and in 1976 by Fatma Moussa-Madmoud, has fallen on deaf ears and Beckford's orientalist work is still an "invisible chef d'oeuvre". Between 1780 and 1786 Beckford composed "Arabian tales" in French which were not inspired from the Arabian Nights but were a direct translation and adaptation from oriental manuscripts brought back from Egypt by Edward Wortley Montagu (MS Orient 550-556, Bodleian Library, Oxford). Byron's surprise about the "exactness of costume" on reading Vathek was irrelevant since Beckford, in his own words, had drawn from arabic sources (not explicitly for Vathek itself, but for other stories for which he announced a publication at a later date). After celebrating in 2004 the tercentenary of the Mille et une Nuits (1704-1711) - the One Thousand and One Nights by Galland-, it is fitting in 2005 to celebrate the one who walked in Galland's footsteps - who, literally, followed him up. For Beckford's "Continuation of Arabian Tales" was composed as a sequel to the Arabian Nights, which Galland had also entitled "Arabian Tales". This article, which is a summary of our latest research, examines Beckford's sources, his activities as translator and the nature of his '"beautiful infidels". Galland's scriptural strategy, which was adopted by Caylus in 1743 for his Orientalist adaptations of oriental transcriptions in the Royal Library in Paris, was also that of the Englishman Beckford. It consisted in making one with the existing original material, and like a chameleon, adapt, imitate and graft on it a "beautiful infidel". Beckford's work should therefore only be published, read or analysed in the light of this authentic Orientalist process. Taking this new perspective on board one will now be able to look at his other works in a similar light for they are ruled by similar principles: a fragmented, "episodic" and "continuing" kind of writing. Writing and artistic creation are thus reunited within an aesthetics based on grafting - a perspective which enables to unite a too-often-divided image of Beckford as writer and as dilettante. Beckford orchestrated verbal and landscaping grafting with a view to transplanting his self, which was constantly bent on expansion, outgrowth and inscription, be it on paper or on land, "by pen or by spade", as the Marquis de Girardin, the designer of Ermenonville, would have written.

 

Laurent Châtel

Laurent Châtel est Maître de conférences à l’université de Paris-IV Sorbonne, où il enseigne la littérature, la civilisation et l'image britanniques aux XVIIIè et XIXè siècles. Auteur d’un doctorat sur les écrits et l'esthétique de William Beckford à Paris III, il a (1) contribué à des ouvrages et (2) rédigé de nombreux articles sur Beckford : (1) William Beckford and the New Millenium (New York: AMS Press, 2004); The Reception of William Beckford, éds. Elinor Shaffer & John Wilton-Ely (à paraître); (2) The Beckford Journal (1996-2005); European Romantic Review (1999-2000); Sillages critiques (1999); XVII-XVIII-BSEEA (2005). Il prépare actuellement un ouvrage tiré de sa thèse, Landscaping Utopias on Paper and on Land: the Aesthetics of William Beckford (Oxford: The Voltaire Foundation). Il travaille également sur les jardins paysagers au XVIIIe siècle: (coauteur) Jardins et Paysages en Grande-Bretagne au XVIIIè siècle (Paris: CNED, 2001, avec Marie-Madeleine Martinet), & " "Getting the Picture" of the Picturesque: Some Thoughts on the Greatest British Aesthetic Muddle of the Eighteenth and Nineteenth Centuries", XVII-XVIII-BSEEA 51 (2000).




Article complet au format PDF
(N.B. Si la fenêtre ci-dessous ne s'ouvre pas correctement, vous pouvez malgré tout accéder à l'article: il vous suffit de le récupérer en cliquant sur l'icône "Télécharger les articles" située tout en haut de la page.)


Date de création : 07/03/2006 @ 21:26
Dernière modification : 02/10/2007 @ 11:11
Catégorie :
Page lue 3054 fois


Prévisualiser Prévisualiser     Imprimer l'article Imprimer l'article


^ Haut ^