Etudes Epistémè

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13 - 2008 - Isabelle Moreau

Isabelle Moreau, Du roman à l’Anti-roman : les dangers de l’immersion fictionnelle, p. 93

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Résumé

Sorel est un des rares auteurs libertins à s’intéresser au public des honnêtes gens. Il est aussi le seul à concevoir ses fictions dans une optique pédagogique. Le Berger extravagant se présente ainsi comme un anti-roman destiné à guérir de leur aveuglement les amateurs de fiction romanesque. L’idée n’est pas neuve et l’ombre du Quichotte accompagne le berger Lysis. Le parti pris critique de l’auteur suscite toutefois une réflexion intéressante sur la lecture et ses mécanismes. Contrairement aux défenseurs d’un usage thérapeutique du littéraire, Sorel souligne les dangers de l’immersion fictionnelle, son incidence pernicieuse sur le corps et sur l’âme du lecteur. On conçoit le paradoxe d’un «tombeau des romans» qui emprunte ses principaux ressorts aux romans de bergerie qu’il condamne. Que vaut un remède contre la lecture qui se donne lui-même à lire ? La présence d’un important apparat critique contribue à la complexité du dispositif, en intégrant à la fiction une première réception de l’œuvre. La volonté de transmettre un savoir butte apparemment sur l’impossibilité de réformer l’homme. L’échec de la pédagogie sorélienne s’expliquerait par une conception profondément inégalitaire de la nature humaine, que l’on trouve exposée et discutée dans La Science universelle.


Abstract

Sorel is probably the only libertine author who takes into account the readership of the ‘honnêtes gens’. He is also the only one to write his novels with such a pedagogical aim in mind. Le Berger extravagant is an ‘anti-novel’ written in order to cure the readers of their blind love for fiction. Reading the adventures of the shepherd Lysis reminds one of Dom Quichotte. But Sorel’s critical point of view on the subject gives rise to some fresh thinking on reading. Contrary to what those who support a therapeutic use of literature might think, Sorel warns his readership against fictional immersion or make-belief, underlining its pernicious influence on both body and mind. Pretending to write on the death of fiction while using all the techniques of novel writing may seem a complete paradox. How effective is a remedy against reading that you have to read? Thanks to Sorel’s comments on his own fiction, through a series of critical remarks, we have some hints about the first reactions of his readership. It seems that the pedagogical aim of conveying knowledge to readers stumbles over the apparent impossibility of reforming mankind. The failure of Sorel’s pedagogy may well be explained by a profoundly inegalitarian conception of human nature, which is present in Sorel’s La Science universelle.


Isabelle Moreau

Isabelle Moreau est normalienne, agrégée de Lettres Modernes et Docteur en littérature française. Elle enseigne la littérature française à University College London (Université de Londres). Spécialiste du libertinage et de la libre pensée au XVIIe siècle, elle a notamment publié : «Guérir du sot». Les stratégies d’écriture des libertins à l’âge classique, Paris, H. Champion, 2007. Elle édite actuellement, chez Champion, les Petits traités en forme de lettres de La Mothe Le Vayer et participe à l’édition des œuvres complètes de Gabriel Naudé.


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