Etudes Epistémè

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12 - 2007 - Tony Gheeraert

Tony Gheeraert, Voix de Dieu, voix des dieux : oracles, visions et prophéties chez Jean Racine, p. 83

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Résumé

Les tragédies de Racine multiplient les oracles, visions, prophéties, et il n’y a personne pour s’en étonner : la mise en scène de la voix des dieux est depuis toujours une loi du genre tragique. Pour autant, le dramaturge de Port-Royal cautionne-t-il l’origine céleste de ces paroles données comme surnaturelles ? La malédiction prophétique lancée par Agrippine à la fin de Britannicus apparaît bien plutôt relever d’une stratégie rhétorique de reconquête politique que de l’effet d’une inspiration divine ; si les prédictions de la vieille impératrice sont appelées à se réaliser, hors scène, c’est en raison de l’épouvante qu’elles exercent sur Néron. Les ultimes paroles adressées par Agrippine à son fils dans la pièce tiennent ainsi de la prophétie auto-réalisatrice telles que l’ont définie les sociologues contemporains, et non d’une prescience divine. De même, dans Iphigénie, Calchas, qui ne cesse de prétendre parler au nom de dieux singulièrement absents de l’action, peut être vu comme un manipulateur : il instrumentalise une religion mensongère pour frapper les imaginations et imposer à tous, même aux rois, sa soif de dominer. À travers la mise en cause de prophéties truquées ou incertaines, c’est toute la religion grecque qui se trouve ainsi dénoncée par l’ancien élève de Port-Royal. Loin d’accréditer la croyance, même sur le mode d’une simple adhésion aux codes poétiques, envers le surnaturel païen, Racine, avant Fontenelle, met en garde le spectateur contre les illusions et les supercheries du polythéisme antique ; à la différence toutefois de l’auteur de l’Histoire des oracles, qui, sous couvert de condamner les oracles païens, n’épargne guère le christianisme, Racine est soucieux de distinguer les prophéties authentiques des faux oracles : si Mathan, dans Athalie, est, comme Calchas, un prêtre imposteur qui use des prestiges de sa fonction pour asseoir son pouvoir temporel, Joad, lui, est réellement en proie à une extase au cours de laquelle il rapporte, en des paroles mystérieuses, sa vision de la Jérusalem nouvelle. Les païens souffraient sous le joug de dieux irréels et de prêtres charlatans, mais la voix du vrai Dieu peut se faire entendre quand il lui plaît – et jusque sur une scène de théâtre.


Abstract

Not available


Tony Gheeraert

Tony Gheeraert, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, est maître de conférences à l'université de Rouen. Il a consacré sa thèse à l'étude de la poésie à Port-Royal (Le Chant de la grâce, Champion, 2003), a établi une édition critique de contes de fées du Grand Siècle (Perrault et alii, Contes merveilleux, Champion, 2005), et a rédigé un essai sur l'Astrée d'Honoré d'Urfé (Saturne aux deux visages, PURH, 2006)


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