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Karine Descoings

Université Paris Sorbonne


La Muse, tourment et médecin du poète exilé (Antiquité et Renaissance)

 


Résumé / Abstract


Cet article étudie le thème de la maladie et des soulagements procurés par la poésie dans quatre recueils d’élégies d’exil. Les Tristes et les Pontiques, publiés par Ovide entre 13 et 16 ap. J.-C., influencèrent les ouvrages de deux auteurs humanistes, écrivains voyageurs, le poète polonais Clément Janicki, qui fit paraître en 1542 un recueil intitulé Tristes, et l’auteur allemand Petrus Lotichius Secundus, qui composa, entre 1551 et sa mort, trois livres d’Élégies. Dans la première partie de notre étude, nous attachons à définir et à analyser le “ mal d’exil ” qui s’emparait de ces auteurs. Tourmentés par la nostalgie (desiderium), ils décrivent une pathologie qui emprunte à la fois à la théorie des passions élaborée par les philosophes antiques, aux symptômes de l’amour élégiaque et à la maladie mélancolique. Le mal affecte leur corps, leur esprit, mais aussi leur écriture et leur relation à la poésie, qui devient problématique, voire est entachée de soupçon, quand Ovide apprend que son exil est dû à “ l’immoralité ” de ses œuvres antérieures. C’est pourtant de l’œuvre de ce poète que surgit une ébauche de solution. La fidélité opiniâtre à l’activité littéraire y apparaît comme le seul moyen efficace de lutter contre la passion nostalgique et l’attachement mortifère à un passé perdu. La deuxième partie de l’article explore ainsi les remèdes que l’on peut tirer de la fréquentation de la Muse. Chez ces trois auteurs, la création poétique, mieux encore que l’étude de la philosophie, parvient à les arracher à leur désespoir en les conviant à élever des “ tombeaux ” poétiques pour les êtres et les lieux bien-aimés, qui leur laissent l’espoir de trouver dans leur souffrance même la force de vaincre la mort et l’oubli.

The present paper studies the theme of illness and remedies proper to poetry in four collections of elegies from exile. The Tristia and Epistulae ex Ponto, published by Ovid at the beginning of the first century A.D., influenced two humanist authors and travellers, the Polish poet Clément Janicki, who published a book entitled Tristia in 1542 and the German writer Petrus Lotichius Secundus, who composed three books of Elegiae between 1551 and his death. This paper first undertakes a detailed study of the nature and effects of the “illness of exile” on these poets. The torments of nostalgic longings they went through seem to be derived from the theory of passions elaborated by ancient philosophers, elegiac love’s symptoms and melancholic illness. The disease affected their mind and body as well as their style and conception of poetry, which they even came to distrust, as when Ovid learned that he had been exiled because of his previous books’ “immorality”. Nevertheless, the key is to be found in Ovid’s exilic works. The pursuit of literary creation seemed to be the only effective way to fight the nostalgic passion and the dangerous attachment to a lost past. This paper then examines the remedies proper to the Muse. For those three writers, poetic creation, better than philosophical studies, could heal their despair : they succeeded in building poetic “tombs” for beloved persons and places ; by doing so, they hoped to overcome death and oblivion through their very sufferings.

L’auteur


Karine Descoings, ancienne élève de l’École Normale Supérieure Lettres & Sciences Humaines, a soutenu une thèse de doctorat intitulée “ Sed desiderium superest. Poétique de la nostalgie dans les élégies d’exil d’Ovide et dans les Elegiae de Petrus Lotichius Secundus (1528-1560) ”, en décembre 2007. En collaboration avec Laure de Chantal, elle a réuni des textes antiques, en traduction, traitant de la séduction dans l’Antiquité, pour réaliser une anthologie intitulée Séduire comme un dieu, Leçons de flirt antique, publiée aux éditions Les Belles Lettres en 2008.



Pour citer l'article :

Karine Descoings, « La Muse, tourment et médecin du poète exilé (Antiquité et Renaissance) », Études Épistémè, 13, 2008. Usages thérapeutiques du littéraire, Les usages thérapeutiques du littéraire, p. 1-37.

URL: http://www.etudes-episteme.org/2e/?la-muse-tourment-et-medecin-du


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