Accueil du site > 10, 2006. Science et littérature II > Science et littérature (II) > Du bon usage de la science : de l’optique moralisée à l’optique de la (...)

Bernard Roukhomovsky

Du bon usage de la science : de l’optique moralisée à l’optique de la morale

 


Résumé / Abstract


Dans Littérature et anthropologie, Louis Van Delft distingue entre « l’anatornie moralisée » (qui consiste dans une lecture édifiante du corps démembré) et « l’anatomie morale » (qui revient à penser l’analyse morale sur le modèle du démembrement anatomique). L’histoire des usages « littéraires » de l’optique dans la France de l’âge classique appelle un distinguo similaire : optique moralisée, optique de la morale. Lorsqu’il entreprend de « moraliser toute l’optique », le Père Marin Mersenne vise, au premier chef, à fonder spirituellement l’étude de cette science en faisant valoir qu’elle est susceptible de fournir, à qui sait en faire bon usage, une allégorie des Mystères de la Foi, et donc un réservoir de figures à l’usage des maîtres de l’éloquence sacrée. À l’instar de Pascal, les moralistes français du second XVlle siècle (et, au-delà, jusqu’à Chamfort) sollicitent les mots et les catégories de l’optique (et singulièrement de la perspective) pour construire un modèle de l’analyse morale : il s’agit de penser les principes qui sous-tendent - « dans la vérité et dans la morale » - l’évaluation des conduites et des mérites sur le modèle de ceux qui régissent - « dans la peinture » - la construction ou la perception de l’espace pictural. Sur ce chemin qui conduit de l’optique moralisée théorisée par le célèbre Minime à I’optique des moralistes, s’écrit - au fil d’un double processus de sécularisation d’une part, de littérarisation de l’autre - une page décisive de l’optique de la littérature.

Résumé anglais

ln Littérature et anthropologie, Louis Van Delft makes a distinction between « moralized anatomy » (which implies an ediffing reading of a dissected body) and « moral anatomy » (in which the moral analysis follows the model of dissection). The history of the literary uses of optics in seventeenth-century France requires a similar qualification : moralized optics, moral optics. When he sets out to « moralize the whole optic », Father Marin Mersenne tries first to give a spiritual foundation for the study of this science, by pointing out that it can offer an allegory of the Mysteries of faith, to those who can use it in the appropriate way, and hence provide a whole store of figures to the masters of sacred eloquence. Like Pascal, the French moralists of the scond half of the seventeenth century (and beyond, someone |ike Chamfort) exploit terms and categories deriving from optics (and more particularly perspective), in order to build a model for moral analysis : what is at stake is to formulate the principles underlying the way behaviours and merits can be measured - « in the realm of truth and morality » -, according to the model that governs the configuring and perception of the visual space - « in painting ». Somewhere along the evolution that leads from the moralized optics as it was theorized by Mersenne to the optics of the moralists, an important epistemic shift can be perceived - summarized by a double process of secularization and literary appropriation.

L’auteur


Bernard Roukhomovsky est Maître de Conférences en littérature française à I’Université Stendhal - Grenoble lll et Membre du Centre de Recherche sur l’imaginaire. ll est l’auteur de plusieurs ouvrages : Les Parisiens de La Bruyère (en collaboration avec E. Bourguinat, J. Lothe, B. Parmentier), catalogue de I’exposition présentée par la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris pour le tricentenaire de la mort de La Bruyère (15 oct.-1er déc. 1996) (Paris, Paris-Musées, 1996), l’Esthétique de La Bruyère, Paris, SEDES, 1997, Lire les formes brèves, Paris, Nathan Université, 2001 (« Lettres Sup. »). ll travaille actuellement à un ouvrage intitulé L’Optique des moeurs. Le paradigme perspectif chez les moralistes français aux XVlle et XVIIIe siècles. ll a dirigé plusieurs ouvrages collectifs L’Optique des moralistes de Montaigne à Chamfort, Actes du colloque international de Grenoble, 27-29 mars 2003, Paris, H. Champion, 2005 ; Rire et littérature. Hommage à Jean Serroy, Recherches et Travaux, 67, juin 2006). Il a aussi édité un texte d’André-François Deslandes, L’Optique des moeurs, opposée à l’optique des couleurs, s.l.n.d. [1741] (dans la revue Féeries, n° 2, mars 2005, Grenoble, Ellug, p. 259-282) et prépare actuellement un anthologie de textes, Éléments pour une théorie du genre moral en France aux XVlle et XVllle siècles : anthologie de textes préfaciels.



Pour citer l'article :

Bernard Roukhomovsky, « Du bon usage de la science : de l’optique moralisée à l’optique de la morale », Études Épistémè, 10, 2006. Science et littérature II, Science et littérature (II), p. 159-173.

URL: http://www.etudes-episteme.org/2e/?du-bon-usage-de-la-science-de-l


Mentions légales
La consultation et la reproduction de cette page est soumise à la législation française en vigueur. Le droit de la propriété intellectuelle s'applique. Cette page est la propriété exclusive de l'éditeur. Toute exploitiation commerciale est interdite. La reproduction à usage scientifique ou pédagogique est seule autorisée, à condition de mentionner précisément les références de l'article (auteur, titre de la publication, date, éditeur).

La revue Etudes Epistémè est éditée par l'association Etudes Epistémè, Institut du Monde Anglophone, 6 rue de l'Ecole de Médecine, 75 006 Paris
Directeur de publication: Gisèle Venet
Rédacteur en chef : Line Cottegnies
Rédacteur en chef associé : Christine Sukic



Études Épistémè,
10, 2006. Science et littérature II

Table

Science et littérature (II)

| | Table générale | Suivre la vie du site